samedi, mai 23, 2026
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Pierre DOGNON : « Ne vous contentez pas de lire Paris attendra. Habitez-le. Complétez-le… »

«Paris attendra » sera officiellement dans les rayons le 07 Mai 2026 prochain. Mais avant cette date où le romain sera dans toutes les mains pour être dévoré d’une page à une autre entre les lignes, votre magazine en ligne est honoré de recevoir son auteur. Il s’agit de bel et bien du Docteur Ezin Pierre DOGNON, artiste polyvalent. Dans cet entretien, il dévoile les grandes lignes de son ouvrage et fait un flash-back pour partager avec les internautes les défis relevés lors de l’écriture de « Paris attendra ». Décryptage !

Horizoncultures : Présentez-vous en une phrase : qui êtes-vous et comment êtes-vous devenu auteur de Paris attendra ?

Je dirais que je suis un acteur culturel, écrivain devenu chercheur et artiste par nécessité intérieure : Paris attendra est né au moment où la pensée ne suffisait plus, où il fallait que l’expérience – celle de l’injustice, de l’exil et de l’amour empêché trouve une forme qui ne soit ni uniquement académique, ni simplement artistique, mais profondément humaine.

HC : En trois adjectifs, comment décririez-vous votre livre pour un(e) auditeur/trice qui ne le connaît pas encore ?

Inconfortable.
Intime.
Inachevé – au sens volontaire du terme.

HC : Pourquoi avoir choisi Paris comme cœur du récit, et qu’est-ce que le titre Paris attendra suggère selon vous ?

Paris n’est pas seulement un lieu, c’est une tension. C’est à la fois un espace d’ancrage affectif et une projection, presque un mythe personnel. Dans le roman, Paris est ce point fixe qui, paradoxalement, s’éloigne à mesure que le personnage s’en rapproche. Le titre Paris attendra renverse une attente classique : ce n’est plus l’homme qui attend Paris, mais Paris qui est contraint d’attendre – comme si le destin suspendait toute trajectoire. Ce renversement dit quelque chose de plus large : nos projets les plus solides peuvent être interrompus sans préavis.

HC : Quel personnage ou scène vous tient le plus à cœur dans le livre, et pourquoi ?

La scène de l’arrestation à l’aéroport d’Abidjan reste centrale pour moi. Parce qu’elle condense tout : l’incompréhension, la brutalité du réel, mais aussi ce moment très précis où l’on bascule d’une vie maîtrisée à une situation totalement arbitraire. C’est à cet instant que le personnage principal, De Meideros cesse d’agir et commence à penser – et que la lettre, finalement, naît de cette impossibilité d’agir.

HC : Quel a été votre plus grand défi lors de l’écriture de ce roman, et comment l’avez-vous surmonté ?

Le défi n’était pas d’écrire, mais de retenir l’écriture. Accepter que tout ne soit pas dit. Accepter de laisser un vide- y compris matériellement, avec ces pages absentes. Cela va à l’encontre de notre réflexe d’auteur, qui consiste souvent à combler, expliquer, maîtriser. J’ai surmonté cela en assumant une idée simple : parfois, ce qui manque dit plus que ce qui est écrit.

HC : Votre roman semble travailler à plusieurs niveaux – narratif, éditorial, presque expérimental. Comment avez-vous pensé cette articulation entre forme, contenu et dispositif autour de Paris attendra ?

C’est une question importante, parce qu’elle touche à ce que j’ai voulu faire au-delà du récit lui-même. Je ne me suis pas contenté d’écrire une histoire. J’ai cherché à créer une expérience de lecture. Cela passe d’abord par le dispositif narratif, cette écriture de l’empêchement, cette lettre imaginée – mais aussi par une proposition formelle assumée : le Narrative Placement™, marque déposée, introduit au cœur même du récit des espaces susceptibles d’accueillir des partenaires. Le roman devient ainsi un lieu d’intersection entre création et modèle économique, sans pour autant rompre l’illusion narrative. Ce glissement interroge. Où s’arrête la littérature, où commence le dispositif ? Et surtout : la frontière a-t-elle encore un sens ? À cela s’ajoute un travail sur les seuils du livre. Paris attendra est accompagné de trois regards distincts : la préface d’Olympe Bhêly-Quenum, qui inscrit le texte dans une profondeur littéraire et historique ; la postface du professeur Bienvenu Koudjo, qui en révèle les strates intellectuelles ; et la note de lecture de Tita Nzebi, qui en propose une réception sensible et contemporaine.  Enfin, il y a le partenariat avec Les Livres Vidolé, qui prolonge cette réflexion en introduisant dans le livre lui-même une ouverture vers le lecteur – non plus seulement comme interprète, mais comme potentiel créateur. Au fond, ce qui m’intéressait, c’était cela : faire en sorte que le roman ne s’arrête pas à sa dernière page. Qu’il déborde. Qu’il engage. Qu’il mette le lecteur en mouvement.

HC : À quel type de lecteur pensez-vous particulièrement en lançant la prévente avant la parution officielle le 7 mai 2026 ?

Je ne pense pas à un profil sociologique précis, mais à une disposition : celle d’un lecteur qui accepte de ne pas être seulement consommateur d’une histoire. Quelqu’un qui accepte d’être déplacé, de participer, voire d’être dérangé. Parce que Paris attendra n’est pas un roman qui se ferme une fois terminé – il continue dans l’esprit du lecteur.

HC : Quel message ou émotion espérez-vous que les auditeurs repartent avec après avoir lu ou entendu parler de Paris attendra ?

Peut-être une double sensation : celle d’une fragilité, parce que tout peut basculer, et en même temps celle d’une résistance. Car même dans l’enfermement, même dans l’absence de moyens, il reste quelque chose : la capacité de penser, d’aimer, d’imaginer. Et cela, personne ne peut le confisquer.

HC : Un mot final ou une phrase que vous aimeriez adresser directement aux futurs lecteurs sur les réseaux sociaux ?

Ne vous contentez pas de lire Paris attendra. Habitez-le. Complétez-le. Parce qu’à un moment donné, dans ce livre, la plume vous appartient.

Propos recueillis par Sessi TONOUKOUIN

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