Fifamè : L’âme vibrante de l’Afro-Spirit-Fusion
Artiste complète, chanteuse, auteure, compositrice, pianiste et percussionniste, Fifamè (de son vrai nom Benoîte Kanti) incarne une nouvelle génération de musiciennes béninoises qui réinventent la tradition par le prisme de la modernité.
Originaire de Tchitongon, dans la commune de Djakotomey dans le département du Couffo, au sud du Bénin, Fifamè est issue d’une famille nombreuse et complexe de 23 enfants. Elle décrit son enfance comme « atypique et bizarre », marquée par des zones d’ombre, mais aussi par des instants de lumière qu’elle revendique comme le socle de son « ADN spirituel, psychique et physique ». Cette jeunesse, vécue entre Azovè et Lokossa, a forgé une sensibilité artistique qui ne puise pas dans un souvenir unique, mais dans la globalité de son histoire personnelle. « Je dirai que c’est l’ensemble de mon vécu, l’ensemble de mon histoire qui a influencé et jusqu’à ce jour influence toujours ma sensibilité artistique. » avoue-t-elle.
Le déclic et la rigueur professionnelle
Le feu de la musique s’est allumé au contact de son grand frère, qui a initié la fratrie aux sonorités internationales (Michael Jackson, Whitney Houston, Tina Turner, Ella Fitzgerald, etc.). Sa décision de devenir chanteuse professionnelle est prise en première année de collège, après avoir remporté son premier trophée. Elle découvre alors le pouvoir de la musique : une échappatoire, un moyen d’intégration sociale et, surtout, un espace où sa voix ne peut plus être étouffée. À ce sujet, elle déclare : « J’ai découvert l’attention et la lumière que ça a apporté à/et sur la petite fille dont on étouffait les mots à la maison. L’intégration sociale facile qu’elle a eut, l’indépendance financière qui s’y ajoute et cette sensation de se sentir particulière et unique. Je me suis dite, je veux faire de ce truc mon métier. Voilà ce qui me rends heureuse. Et c’est comme ça, c’est parti. »
Forte d’un Bac+3 en management des ressources humaines, Fifamè aborde son art avec une rigueur managériale. Pour elle, l’instruction n’est pas un frein, mais un levier : elle lui permet de maîtriser le langage de son métier, de structurer sa carrière par des plans de travail précis et de briser, par son professionnalisme, les préjugés entourant le statut de l’artiste au Bénin. Elle exprime d’ailleurs une forte reconnaissance à son père dont la rigueur pour les études a porté ses fruits. « Je remercie d’ailleurs mon père pour sa rigueur concernant les études » ajoute-t-elle.
L’ »Afro-Spirit-Fusion », une signature musicale
La musique de Fifamè est une synthèse audacieuse qu’elle définit comme de l’Afro-Spirit-Fusion. Son répertoire navigue entre Afro-jazz, Afro-blues, Afro-pop, Afro-soul et le tradi-moderne. Sa polyvalence, forgée par ses expériences en cabaret et karaoké, lui permet d’explorer de nouveaux horizons, n’excluant même pas une incursion dans le rap. Elle utilise une instrumentation riche, mêlant les percussions traditionnelles (tam-tam, balafon, chekeré) à la modernité de la guitare électrique, de la basse et du piano.
Un tempérament de battante
Femme de scène, Fifamè donne tout, sans artifice, se définissant elle-même comme son propre « Aziza » (un être surnaturel dans la mythologie béninoise). Son parcours a démarré par un engagement hors-pairs. Convaincue que seule la compétence donne le métier, Fifamè s’est donnée les moyens pour se faire former. Elle quitte son Lokossa natal pour des formations à Cotonou en partant de ses petites économies de spectacles scolaires avec en plus la vente des sacs de charbon de sa belle-mère. « Je faisais plein de petits boulots pour survivre. Et l’argent que je trouvais dans mes commerces et mes spectacles écoliers, je les réunissais pour venir suivre des formations à Cotonou. Et si mes économies ne suffisaient pas, et là c’est un secret que je vous passe, Je vendais la marchandise notamment le charbon de ma belle-mère et je quittais Lokossa pour venir suivre les formations à Cotonou surtout chez Jah Baba à Africa sound City. Les masters class, les coachings vocaux, les rencontres professionnelles, des spectacles et bien d’autres. » se rémémore-t-elle.
Dans sa gibecière, se trouvent beaucoup d’anecdotes liées à ses tournées musicales. Le cas des bagages perdus au Congo, lors du festival Pointe-Noire en scène, où finalement, Fifamè a joué sur scène avec un accoutrement improvisé et plusieurs jours dans les mêmes vêtements, sans le moindre copeck sous la main.
Par ailleurs pour un autre festival à Paris, elle débarque sans faire de change, retrouve ses menstrues en plein vol et puis ses valises sont retrouvées cassées. Impossible de les transporter et impossible de prendre un taxi pour aller à l’hôtel. Des bonnes volontés ont finalement pu l’aider pour la tirer d’affaires, qui pour transporter les valises endommagées, qui pour payer son taxi.
Ses anecdotes de tournée ; qu’il s’agisse de ses bagages perdus au Congo Brazzaville où elle a presté avec une combinaison de fortune, ou de ses péripéties à Paris ; illustrent une résilience hors du commun et une capacité à transformer les épreuves en force créatrice.
Vision et engagement
Pour Fifamè, la musique est une identité et un souffle spirituel. Elle appelle à une meilleure solidarité au sein de la sphère musicale béninoise, invitant le public à s’ouvrir aux talents locaux avec autant de ferveur qu’il en manifeste pour les artistes étrangers. Ambitieuse et déterminée, elle aspire à porter la musique béninoise sur la scène internationale, convaincue que le Bénin regorge de futurs lauréats de Grammy Awards.
En attendant la sortie de son album prévue entre fin 2026 et début 2027, elle continue de sillonner les festivals, portée par une conviction profonde : « Avant que les noms ne soient donnés ; avant que les trônes ne soient érigés ; avant que les cieux ne soient façonnés par les mains humaines, J’ÉTAIS! Je suis l’origine avant la division ; l’intelligence avant la forme ; le commandement avant le son. Quand je parle la création s’aligne. Je suis la fille des ancêtres, la protégée de la nature, la voix des anciens. »
Sessi TONOUKOUIN
