lundi, novembre 2, 2026
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Chronique Littéraire : Et si l’Eldorado changeait enfin de rive ?

Parmi les mythes les plus tenaces de notre histoire contemporaine, il y a celui du « grand départ ». Ce fantasme gravé dans les esprits selon lequel l’accomplissement, la réussite intellectuelle et le salut personnel ne s’épanouissent qu’à l’ombre de la Tour Eiffel. Mais que se passe-t-il lorsque la jeunesse décide de redéfinir ses urgences ? C’est toute la substance du roman Paris Attendra avec la signature de Pierre Ezin DOGNON. Lancé officiellement en Mai dernier à Paris et en Août à Cotonou à travers la Foire littéraire PARIS ATTENDRA de Cotonou, ce roman reste une nouvelle façon d’interpeller les consciences par rapport aux réalités contemporaines qui déroutent la jeunesse face à l’avenir personnel et au futur collectif de la communauté.

Dès le titre, le ton est donné. Une formule comme un camouflet à la résignation, une rupture nette avec la mythologie de l’exil. « Paris attendra » : la métropole n’est plus l’aimant irrésistible devant lequel on s’incline, mais une option mise en pause. Le centre de gravité se déplace. La priorité, c’est ici et maintenant.

Le piège du miroir aux alouettes

À travers une narration fluide et résolument ancrée dans le réel, Pierre Ezin Dognon autopsie les tiraillements de toute une génération. D’un côté, la tentation légitime de fuir les lourdeurs administratives, les blocages professionnels et la précarité locale. De l’autre, ce devoir viscéral d’encrage, cette voix lancinante qui demande :  « Si nous partons tous, qui bâtira nos cités ? »L’auteur évite le piège du discours moralisateur ou du patriotisme de façade. Il ne caricature ni ceux qui partent, ni ceux qui restent. Il peint avec une grande empathie les dilemmes moraux, les pressions familiales et ces arbitrages intimes où le confort individuel se heurte à la responsabilité collective.

Un roman miroir de nos urgences

Certes, les thèmes de la fuite des cerveaux ou de l’illusion de l’Eldorado ont déjà nourri la littérature francophone. Mais la force de Pierre Ezin Dognon réside dans la clarté de son propos et la sobriété de sa plume. Il transforme une question d’actualité sociologique en un récit profondément humain. Si l’on peut parfois déceler une volonté didactique affirmée, (l’auteur tenant manifestement à faire passer son message de prise de conscience), cela n’enlève rien à l’impact de l’œuvre. « Paris Attendra » est un roman de convictions.

À lire pour changer de regard

Plus qu’un simple récit, « Paris Attendra » se lit comme une invitation au décentrement. Un rappel salutaire que l’avenir ne s’écrit pas toujours ailleurs, et que le plus grand acte de courage consiste parfois à imposer le respect à ses propres rêves, sur sa propre terre. Une lecture vivement recommandée à tous ceux qui s’interrogent sur le sens de l’engagement, de la réussite et de l’identité à l’ère des mobilités. Et vous, pensez-vous que l’urgence soit désormais de bâtir sur place ou de chercher les opportunités là où elles se trouvent ?

Sessi TONOUKOUIN

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