lundi, novembre 2, 2026
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Dah Bokpè : l’humaniste béninois qui fait du développement une œuvre de dignité

De Cotonou à Berlin, Dah Bokpè Houézrèhouèkè a bâti un parcours singulier : celui d’un prince, d’un ingénieur, d’un entrepreneur et d’un défenseur des traditions africaines devenu un acteur discret mais déterminé du développement. À travers la Fondation Dah Bokpè, il défend une conviction simple à savoir qu’aucun développement n’est possible sans la prise en compte de la jeunesse, la culture et les valeurs humaines.

Dah Bokpè Houézrèhouèkè voit le jour à Cotonou en République du Bénin en 1962. Il entame un parcours comme tout enfant Béninois, l’école coloniale et les études secondaires et universitaires. Mais au-delà de ce parcours classique le jeune Alain-Maurice Kodjo est initié et formé très tôt à la tradition familiale. Un savoir acquis, qui reste le soubassement lui permettant de porter le destin de constructeur du grand Temple de la Lumière « Ajahouto- houta » dans le village d’Avlékété au Bénin. Un temple qui préserve le patrimoine royal et spirituel de la communauté et qui sert de tremplin pour la promotion culturelle et tourisme de la richesse patrimoniale du Bénin.

Cette transmission devient le socle de sa vision du monde. Son grand-père, Bokpè Totchoédo, chef des Vodun Atchinan de Ouidah, aurait annoncé dès la jeunesse de son petit-fils une destinée liée à la pérennisation et à la diffusion des divinités familiales. Pourtant, Dah Bokpè ne se referme pas sur cet héritage : il comprend très tôt que la fidélité aux ancêtres ne signifie pas le refus du monde moderne, mais la capacité de le rencontrer avec confiance, connaissance et ouverture.

En 1981, il quitte le Bénin pour l’Allemagne afin de poursuivre ses études. Il étudie d’abord à l’université Karl-Marx de Leipzig, puis à l’école d’ingénieurs des transports de Gotha, où il obtient un diplôme d’ingénieur en transports. Il enseigne ensuite les mathématiques appliquées avant de se former en planification des transports à l’Université technique de Berlin.

Ce parcours lui donne une méthode : observer, comprendre, organiser, puis agir. L’Allemagne lui apporte aussi une expérience précieuse du dialogue interculturel et de la nécessité de faire entendre la voix africaine dans des espaces où elle est souvent mal comprise. Loin de son continent, il ne rompt jamais le lien avec le Bénin et s’engage dans l’économie, le tourisme, la banque, le transfert de technologies, la diplomatie et le développement.

Dah Bokpè fonde ensuite une entreprise spécialisée dans le tourisme culturel, avec une attention particulière portée au vodun. Il crée le Temple Vodun « La Lumière » Adjahouto-Houta, à Avlékété, près de Ouidah. Ce lieu se veut un espace de culte, mais aussi un point de rencontre entre les divinités béninoises, les visiteurs étrangers et les générations soucieuses de comprendre leur héritage.

Il incarne ainsi une figure de transition entre la tradition et la modernité. Pour lui, la tradition n’est pas un musée figé : elle est une source vivante capable d’éclairer les défis contemporains, notamment l’identité, la cohésion sociale, le respect de la nature et la reconstruction de la confiance collective.

Former, soutenir, dignifier

Pour Dah Bokpè, le développement ne se réduit pas à des financements, des projets ou des discours. Il exige des compétences locales, des institutions crédibles et des hommes capables de relier l’éthique à l’action. Son engagement international pour la formation des jeunes et la sauvegarde des traditions lui vaut, en 2017, un doctorat honoris causa de la Logos University International de Miami, aux États-Unis. L’Academia Bonifaciana, liée au Vatican, lui a également décerné une médaille de bronze pour son engagement en faveur des valeurs humaines et des idéaux universels.

La Fondation Dah Bokpè constitue l’expression la plus concrète de son humanisme. Basée à Berlin, elle entretient une représentation à Cotonou et travaille à créer des passerelles durables entre l’Allemagne, le Bénin et l’Afrique de l’Ouest. Son projet phare est la mise en place d’un centre de compétences et de formation professionnelle en langue allemande au Bénin, destiné à renforcer l’employabilité des jeunes, notamment des demandeurs d’emploi, dans les secteurs de l’économie et du tourisme.

La fondation présente les futurs diplômés comme « des porteurs de compétences locales », capables de répondre aux besoins d’entreprises allemandes recherchant une main-d’œuvre qualifiée au Bénin et en Afrique de l’Ouest. Le projet vise ainsi à stimuler les échanges bilatéraux dans les domaines de l’économie, de l’éducation et de la culture.

L’engagement de Dah Bokpè se manifeste aussi par des gestes concrets en faveur des familles vulnérables. Des dons de vêtements pour enfants, de jouets et d’articles ménagers ont été remis à sa fondation afin d’être acheminés vers des familles nécessiteuses au Bénin. Une manière de rappeler que la solidarité commence par la reconnaissance de la dignité de l’autre, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un enfant ou d’une famille démunie.

Ce qui distingue Dah Bokpè, ce n’est pas seulement la diversité de ses titres, mais la cohérence de son combat : placer l’homme au centre du développement. Il unit la tradition, la spiritualité, la science et l’économie dans une même créativité au service de l’humanité.

À une époque où l’Afrique cherche à transformer ses richesses humaines et culturelles en leviers de progrès, Dah Bokpè incarne une voie possible : celle d’un développement enraciné, solidaire et tourné vers le monde. Son œuvre rappelle qu’un peuple avance davantage lorsqu’il connaît d’où il vient, croit en ce qu’il porte et prépare sérieusement ceux qui viendront après lui.

Sessi TONOUKOUIN

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